Monsieur,
Je lis en ce moment le cours dont vous êtes l’auteur : « Théôria et praxis : la constitution de la philosophia des présocratiques à Platon ».
Ce cours m’intéresse, bien que je n’ai pas l’ensemble des connaissances qui me permettraient de l’apprécier complètement (je n’ai en effet lu que l’Apologie, Phédon, Le Banquet et Gorgias, et pour l’instant pas encore de présocratiques – mais je compte bien m’y mettre !).
Après avoir lu le cours du premier semestre et être arrivé à la fin de la deuxième partie du second cours (« Objet et nécessité du dialogue philosophique : ironie, comédie, et mise à l’épreuve. »), partie à la fin de laquelle vous soulignez que « la relation acteur du dialogue/lecteur s’oppose en profondeur à la relation acteur/spectateur », et que ce nouveau rapport au dialogue permet une conversion à la philosophie par l’identification qu’il est permis de faire en tentant de répondre soi-même à Socrate, et d’imaginer sa réponse (p. 29-30). Vous citant, « le lecteur est amené à intérioriser cette vraie mise en jeu, comme ce qui donne sens à son existence ».
Après avoir lu ceci, la question qui me vient sur le sens de la philosophie, sens dont vous ne manquez de souligner l’importance en fin d’introduction, est la suivante : Pourquoi la méthode philosophique actuelle défait-elle le chercheur de l’objet de sa recherche ? Plusieurs questions nous feront mieux comprendre : Pourquoi un spécialiste de Platon, quelque important que soit le fait de réfléchir sur Platon, Socrate, et l’œuvre qui en découle, ce que je ne remet pas en cause, n’est-il pas fondé ou même fait pour nous parler de son propre rapport à l’œuvre en elle-même, à dire ce que lui a permis un tel legs dans son existence personnelle, et si cela le nécessite, à évoquer cette existence même.
Je vous pose la question à vous, car l’œuvre de Platon est profondément traversée (pardonnez-moi d’une telle assertion mais, pour ce que j’en connais, ce qu’elle m’a laissé, ce qu’on m’en a dit, ce que j’ai lu dessus et ce que vous en dites) de ce sens entre philosophie, existence, connaissance(s), remises en questions et vécu. J’avais déjà pensé à un même type de remarque lors d’un cours que j’ai suivi en première année avec vous : le fait que dans un cours sur Epicure, on ne tente pas de ressentir ce qu’évoque Epicure, l’ataraxie, de savoir ce que cela veut dire en existant, ce qu’impose le fait par exemple d’essayer de se replonger dans des souvenirs heureux, de savoir s’en inspirer, ce que cela apporte intérieurement, mais l’on tente désespérément d’en approximer une définition.
Peut-être le fait de pouvoir vous écrire cela plutôt que de vous le dire n’est-il pas anodin : en effet, est-on habitué à avoir un rapport qui revient à ce que j’appelle un rapport de personne à personne avec un philosophe, ou un professeur de philosophie ? Ou, est-on habitué à dire tout ce qu’on pense à un professeur ? Ou, ce qui suit aurait-il été permis par le seul usage de la parole ? Deux choses : pour ma part, ce qui m’a amené à la philosophie est ce type de rapports inter/intra-personnel, je ne voudrais pas m’en défaire ; ensuite, le professeur, s’il n’est pas philosophe lui-même mais commentateur, même si le clivage est à discuter, qu’a-t-il de mieux à dire que ce que lui a apporté la lecture du philosophe en question, puisque personne, ou très peu de gens, ne liront l’œuvre en son entier. N’est-ce pas, en définitive, cela, qui le rendrait philosophe plutôt que commentateur ? Qu’en pensez-vous, et ce questionnement vous paraît-il pertinent ?
La philosophie, en sa racine, dont vous êtes mieux fondé à parler que moi qui ne l’appelle que par divers aperçus, le travail de l’imagination et mon propre vécu, qui me permettent de tenter de comprendre l’élan qui s’est produit à l’époque, l’élan dans lequel s’ancre (et s’encre) le sentir de Socrate ; dans sa racine donc, la philosophie, qui est avant tout une démarche individuelle, ne cherche-t-elle pas, ou plutôt n’y cherche-t-on pas un progrès de soi sur soi – quelque soit la teneur de ce progrès, c’est à dire en un sens qui n’implique pas nécessairement l’idée de mieux ? Et dans cette perspective, qu’y aurait-il de mieux à enseigner, lorsqu’on est spécialiste, que ce qu’a permis en vous le progrès de l’assimilation d’une telle œuvre ? Je retourne la question et demande : qu’y aurait-il de mieux pour moi, étudiant, chercheur de sens , que de comprendre quel sens vous avez suivi vous en suivant Platon, quelles motivations vous y ont amenées, motivations internes, et ce qu’il vous en a rendu.
Car outre les aspects sociologico-politiques des conditions de transmission du savoir, du sens qui lui est donné, et des conditions de production du savoir que suppose l’accession, d’une part, à un poste tel que le votre, et d’autre part à l’ensemble des publications que vous avez à votre actif, je suppose qu’à l’origine de tout spécialiste d’un auteur, comme de tout philosophe (ce qui me paraît plus évident encore), il y a une motivation intérieure qui s’exprime.
Revenant à ma position d’étudiant, de chercheur, le plus fécond ne serait-il pas pour moi de savoir ce que peut Platon aujourd’hui, ce que peut Epicure aujourd’hui, ce que peut Aristote, pour quelqu’un qui vit aujourd’hui, vous, chercheur, ce qui ne se défait pas de la lecture des œuvres et de commentaires sur leur sens, bien au contraire ? Et par le biais de mes autres cours, donc de l’appréhension d’autres auteurs (ou d’autres notions, mais puisque nous parlons ici d’auteurs, ne mélangeons pas les odeurs…), d’autres auteurs par d’autres professeurs, ne pourrais-je pas m’imprégner de ce que peut Spinoza, ce que peut Kant, ce que peut Deleuze ou qui sais-je encore, – ou plutôt de ce qu’il a pu pour telle personne, tel chercheur, et pour lui-même, ce que j’en pense, comment je le sens, pour à la fin choisir à mon tour par quelle porte d’entrée je veux accéder à la réflexion et à l’imprégnation de la vie, ceci dans une démarche dynamique. Une telle perspective ne me serait-elle pas bien plus profitable, et plus proche du fondement ontologique de la philosophie ?
Ce serait là rendre à la philosophie son projet - chercher en soi-même. Rierez-vous, mais lorsqu’on me demande aujourd’hui, sachant que je suis en licence de philosphie, ce qu’est la philosophie, ce que pourrait lire la personne qui m’intérroge pour s’aider dans la vie, s’offrir des pistes, j’ai plus de mal à répondre que naguère, et parmi le flot de commentaires qui m’a déjà été donné de lire sur des ouvrages, le flot d’ouvrages eux-mêmes, je ne vois plus guère qu’entrelacs d’auteurs et brouillards de définitions auxquelles chacun, auteur comme lecteur, répond selon les seules expériences qu’il a vécu durant sa propre existence sans repenser ce fond, ce qui finit par éloigner le mot de la vie et ne plus nous mettre face qu’à des arêtes d’immenses architectures dont la beauté est égale à celle du vide que nous donne à expérimenter le volume de nos cathédrales. Magistrale, oui. Mais le moment passé, qu’en reste-t-il ? Pourquoi la philosophie se construit-elle hors de toute réalité et ne prend-elle pas le temps du sujet pour moteur, descripteur ? Cela permettrait de toutes nouvelles lignes de fuite au propos philosophique et une nouvelle définition de – permettez-moi – la présentéité de la philosophie, pour ne pas employer le mot d’ « actualité » de la philosophie, puisqu’on parle de sujet à sujet, et qu’il s’agit ici du temps vécu. Rierez-vous enfin, lorsqu’on me pose une telle question, que lire ?, je ne sais plus que conseiller sinon l’Apologie de Socrate, et Le Banquet, les deux premiers ouvrages qui m’ont ouvert à la philosophie. Qu’apporterait à quiconque, à moi comme aux autres, la lecture de commentaires ou la lecture directe de Spinoza, ou de Kant, ou de Saint-Augustin, Saint Thomas, Hegel, Heidegger ou même Bergson ou Nietzsche, déjà plus proche du vécu ? Certes, je ne nie pas leur apport, mais toute œuvre philosophique, toute recherche philosophique n’est-elle pas recherche de la vie plutôt que recherche de cathédrales, si important cela soit-il, et sans dire que la recherche de cathédrales ne fait pas partie de la vie elle-même ? –Bien qu’il ne faille pas mettre tous les auteurs au même plan pour cette dernière remarque. La philosophie ne doit-elle se constituer que par le répondant de son historicité ? La philosophie enfin, n’est-elle qu’une esthétique de la pensée ?
Ce que je vous dis là, je suis heureux de pouvoir vous le communiquer si clairement, du moins en ai-je l’impression. Cette impression que je vous évoque, ces impressions, sont le fruit de multiples rencontres avec plusieurs cours différents, notamment sur Hegel, où on ne faisait plus qu’articuler et comparer ses définitions du concept a avec tel définition de a d’autres philosophe de son époque qu’il avait – lui – lu. Je ne les ai certes pas lu, mais à partir du matériaux lui-même, c’est à dire de cette lecture d’introduction et préface à la phénoménologie de l’Esprit, j’ai trouvé une profonde richesse d’évocation intérieure, dont le partage eut été plus fécond que la reconstruction des concepts hégeliens par les auteurs contemporains qu’il avait lu, somme toute étrange, nous y reviendrons. Réancrer la philosophie dans le vécu. Cela demande une nouvelle vue de la philosophie, et un nouveau rapport à son travail, autant d’un point de vue personnel, de construction et de communication de soi, que du point de vue la valeur donnée à une telle œuvre – étrange mot que de penser à une valeur-travail, Marx, pour définir une telle intensité possible du soi, car la création implique tout autre chose que du temps, et ne réclame pas non plus seulement la chape d’un ou de concepts. La dimension arrêtée de la valeur-d’échange, comme concept, fixe le monde, ne trouvez-vous pas ? Nous dirons donc qu’en fait, la création implique du temps, de la densité temporelle, ce qui n’a rien d’un concept.
Avant d’en venir à un autre point, vous en conviendrez, et comme j’y ai fait allusion, il serait utile de décrire ce que devrait être l’enseignement de la philosophie sous l’aspect de l’étude d’un concept – l’art, la liberté – ou encore sous l’aspect d’une problématique, comme c’est plus souvent le cas dans un cours. On remarque qu’une telle démarche paraît nécessairement rendre plus compte de la personne qui l’a étudiée, qui en rend compte, car cette dernière choisit une perspective qui n’est pas, ou moins, moulée sur son objet – qu’en pensez-vous ?
La question d’approche serait, à mon sens : que fait ressortir un concept intérieurement, que permet-il de faire naître ? Et si l’on veut – et ce serait même mieux – on pourrait accompagner cela d’une perspective historique, oserais-je dire généalogique, qui peut, elle, prendre racine dans l’histoire des mentalités, à discuter. Encore : que me procure l’articulation de ce concept avec tel autre ? A cette fin, je trouvais que beaucoup des concepts, évocations et suggestions trouvées dans La phénoménologie de l’Esprit étaient amplement suffisantes à donner matière à une réflexion que je qualifierais de « parallèle », au sens où il s’agit d’un chemin que l’on est invité à parcourir avec l’auteur en soi-même. Il faudrait alors reparler du temps, de ce mouvement intérieur auquel nous invite Hegel, à reformuler différement la puissance de création intérieur afin de l’augmenter ensemble. Saisir.
Un cours qui me fut salvateur fut celui sur le sublime, porte d’entrée s’il en est (j’étais en effet également en philosophie par correspondance l’an dernier en deuxième année, en première année à la fac, et l’année d’avant en prépa) d’une maturation intérieure.
Un cours sur Dufrenne, qui me paraît bien tenter de révéler, lui, en tant qu’auteur, dans son concept d’« expérience esthétique », la dimension d’un vécu interne profond, et quand bien même il ne parle pas de sa vie dans l’articulation de son vécu, son historicité, il reste en cela un philosophe.
Je cite tel ou tel cours, mais ce n’est pour cibler personne, tant la situation est générale. Voilà pour ce point, mais il n’est pas définitif. Comment le pourrait-il ?
La question est donc aujourd’hui, à mes yeux : la philosophie n’a-t-elle pas besoin de nouvelles conditions de réflexion et de production, afin de redevenir philosophie ? La philosophie n’est-elle pas sans cesse l’apprentissage de la philosophie ? Ou : que prétend-on savoir ?
Ne pourrait-on pas penser, et c’est-là une proposition méthodologique, que chaque auteur puisse être pensé comme lui-même propose de penser ? Et ainsi redonner la dynamique de l’auteur, la vie selon lui telle qu’il la vit, la sent. Cela inviterait aussi à un rôle descriptif de la philosophie. Et plutôt que d’établir des relations entre les concepts des auteurs, établir des relations entre leurs pulsions, leurs rêves, leurs manquements, leur senti de l’existence. Penser Bergson comme Bergson pense lui-même les choses et les auteurs, Hegel comme Hegel, Nietzsche comme Nietzsche (ce qui est plus évident puisqu’il nous indique déjà en partie la marche à suivre) etc. Platon comme Platon me direz-vous, c’est plus difficile. Enfin ça n’est là qu’une idée, mais qui ne me semble pas dépourvue d’intérêt, considérant ce dont je fais mention plus haut, tout cela toujours en relation avec les éléments relationnels, biographiques des philosophes. Bref, repenser la philosophie sous un aspect dynamique et créateur n’est pas des plus aisé, il faut bien l’avouer, mais le projet vaut d’être tenté. Autre proposition : Que lit-on dans un texte ? Ce qui est intéressant, n’est-ce pas l’état de pensée de l’auteur, l’expérience qu’il a vécu lui ayant permis d’accéder à une telle pensée. Aboutir à une pensée de l’auteur par-delà l’auteur. Comment lui-même se sentait, se percevait, selon quel centre directeur, était-il un exalté comme Goethe à certains égards durant une période de sa vie, était-il cloitré dans une bibliothèque, sec comme du pain, Kant, ou déployant une force dans son partage comme Bergson. Nietzsche n’a pas écrit vainement que c’est en lisant Diogène Laërce que l’on comprenait le mieux les philosophes de l’antiquité.
Vous me direz peut-être que je manque une partie de la philosophie en la considérant comme cela, ou en voulant la considérer comme cela. Mais lorsque je me demande « que prétend-on savoir ? », le propos s’articule ici : après tout, n’êtes vous pas vous-même composé, en dernière analyse, que de ce que vous avez vécu, c’est-à-dire de ce qui s’est révélé à vous de l’existence, ce qu’elle vous a finalement enseignée jusqu’à aujoud’hui, que ce soit un moment particulier de celle-ci ou sur un temps s’étalant sur cinq ans, dix ans, vingt ans ? Avez-vous trouvé en cela pour vous-même un moyen de vivre bien en équilibre en vous-même, une ligne de vie ? Et à supposer que vous n’en cherchiez pas, comment vivez-vous donc, quelles sont vos lois, comment vivez vous votre impulsion de vie, sa continuation ? Faisons bien la part des choses entre ce qui est lire et s’imprégner de pensées, chercher et trouver des pensées puissantes, et simplement faire retour sur soi, sa manière d’être et d’agir, ou simplement agir. En un mot, vie et pensée vont de paire, mais lecture et pensée bien différement. Je ne dis pas par là que la lecture d’un livre ne soit elle-même un vécu, qu’elle plonge, procure une émotion, si radieuse parfois, mais ne doit-on pas la considérer elle-même strictement sous l’angle du vécu, et l’articulation de la pensée elle-même comme un vécu, et non pas une cathédrale ? –Me comprenez-vous ?
Je ne me sens moi-même composé que de ce que j’ai vécu, au sens où ce que j’ai pu élaborer, penser, fait justement pleinement parti de mon vécu. Les arêtes de la cathédrale ne relatent que des moments où la pensée s’est identifiée, fondue à la vie, par de soudaines lueurs de sens qui rendirent à l’existence son souffle avant de se cristalliser, ou en se cristallisant, en concepts (ce qui est bien différent). Et si certains moments, certains instants particulièrement beaux jalonnent ce parcours, l’élaboration de cette cathédrale, celle-ci est aussi forgée des moments longs, longs de bonheur, longs de défaite ou longs tout cours, qui ont constitués et sont le fond de l’amassement progressif de mes expériences de vie, le tableau abstrait refluant de ma mémoire de l’expérience intérieure de la vie. Quelque chose, enfin, dont je suis imprégné. La vie est donc faite à la fois de concepts, de vécu des concepts, et de vécu tout court.
Car, est-il besoin de le préciser encore, le vécu n’est pas lui-même directement et nécessairement le fruit de l’expérience de la pensée ou de la réflexion. Le vécu en effet, la composition de ce vécu dont je vous parle, qui a donné, par instants, par moments, sens, s’il est empreint de pensée, ce vécu est bien évidemment, et bien plus à quelques égards, bien qu’il faille à mon sens penser la chose différement, ce vécu est bien évidemment aussi parcouru de mon développement, de mon déploiement dans l’action, de ce que j’ai fait, et surtout, j’aimerais insister sur ce point, de ce que j’ai, de rire, de joie ou de défaite là encore, ou même en attendant que la chose se passe, partagé. Bref, pensée et action sont indéfiniment et indéfectiblement liés, et c’est là un rapport sur lequel il y aurait aussi à se pencher, mais différemment : non pas sous la coupe du concept, « c’est ceci et cela, et on peut penser que », mais sous la perspective de leur enlacement dynamique, la question étant « qu’est-ce qui a produit ceci, dans quelles conditions psychologiques, c’est à dire psychiques, considérant à la fois l’instant auquel cela s’est produit, les moments qui lui précèdent, comment je me suis levé le matin, et la période de ma vie au moment où cela s’est produit, si je vais généralement bien, si quelque chose me tracasse, etc… ? ». Prenons la joie par exemple, ou le sublime, et « comment cela s’est-il manifesté en mon corps, ma perception de moi-même ? Qu’en faire ? » Il faudrait bien évidemment réfléchir à quelles questions se poser, sans non-plus se rétrécir… « Pourquoi ces moments-là ont été privilégiés par la/ma mémoire ? Quelle est, pour moi, pour toi, la façon d’appréhender les choses qui permet de se sentir le plus en vie, en phase avec soi-même ? » Enfin, et cela sera mon dernier mot, expérimenter la philosophie. Socrate ne sera pas là le dernier à me contredire.
Voilà. Après cette longue lettre, qu’après dernière relecture et peaufinage j’ai bien dû mettre quelques cinq heures à écrire, j’aimerais pouvoir me reposer et penser à tout cela tranquillement, me vider enfin la tête de ce tracas qui fracasse au tréfond ma mémoire et met en tension mon intériorité, jambes croisées, lettre traversée de fond en comble de mes remous intérieurs, d’une expérience de trois ans de faculté dont deux à distance, de moultes joies et bonheurs de recherches intérieures partagées ou non, mais bien sensiblement vécues, après avoir découvert la philosophie, ou du moins son évocation, son inspiration avec un ami, en première. Exhaltation, joie de découvrir et penser le monde, de le partager et de le communiquer, découverte de la conversation, découverte des affects, tout particulièrement d’un ciel irradiant une luminescence s’éclatant en taches de lumières, de l’incommunicabilité de la pensée, de ce que de la pensée précède le langage, de l’état d’instants où la pensée fond dans le cerveau pour s’imploser en un bonheur foudroyant trouvé sur le chemin d’une recherche le long de laquelle des larmes ont coulées. Tout cela a créé de l’espace, et je n’évoque là que la période qui a précédé ma prépa.
Après, tout fut différent.
Tiens d’ailleurs, pourquoi ne pas penser la pensée en terme d’espace ? Je me souviens pour moi d’une réelle conquête intérieure, physiologiquement vécue. Et vous ?
La philosophie me demeure comme une sensation à communiquer.
En espérant de vous une réponse, croyez, Monsieur, en mon respect le plus distingué.
Virgile.
vendredi 30 novembre 2007
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